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Je pense qu'il faudrait que je précise deux choses avant de lancer cet article : Primo , le nom évoqué dans le titre "Senghor : ce vendu" est bien celui de l'ancien Poète-président sénégalais Léopold Sédar Senghor et secundo , cet article n'est pas une attaque dirigée contre sa personne, mais bien contre l'égarement culturel et économique de l'Afrique : égarement que sa génération a amplifié et qu'une partie de la mienne perpétue...Lisez bien ces lignes qui pourraient bien vous déranger et je l'espère vous donner une approche supplémentaire des choses , votre avis intime restant bien évidemment maitre sur ce qui est écrit ici ...
Commençons par le plus contemporain et le plus évident : Les choses n'avancent pas assez vite chez nous...Il n'y a quasiment pas d'Etat (Pas d'appareil socio-économique, Exécutif omnipotent) dans les pays d'Afrique, la Démocratie n'y existe pas non plus (Wade,Mugabe,Moubarak,Eyadema,Kabila,Conteh,Khadaffi etc), Economiquement on ne participe qu'à hauteur de 2,5 % au commerce mondial alors que l'on est près d'un milliard d'habitants (944 millions en réalité), aucune innovation ne sort de nos labos (On n'en a quasiment pas...) malgré beaucoup de gens formés dans les meilleurs établissements africains ou occidentaux, et il en est ainsi de l'indépendance juqu'au moment où j'écris ces lignes...
Même si la simplificaton est rapide, voire réductrice, permettez-moi de vous dire que selon un nombre grandissant de jeunes personnes dont je fais partie , tous ces problèmes sont essentiellement dûs à une énorme crise de confiance qui nous mine depuis un certain temps déjà.Cette crise est du genre à nous faire dire : " Est-on capable de faire ceci?" , "L'Afrique s'en sortira-t-elle un jour ?" , " On n'a jamais rien créé" , "Regarde comme l'occident et les autres parties du Monde se développent" etc.Je l'entends souvent et je me bats contre, d'où cet article... Le tout est de savoir pourquoi les choses n'avancent pas assez vite et pourquoi sommes-nous attentistes alors que l'on sait tous que la situation est grave : Explications...
Nous avons un énorme problème d'identification culturelle : Qui sommes-nous ? Quelle est ma culture ? Ai-je une grande histoire ? Toutes ces questions posées à un jeune africain comme moi rencontreraient un long silence en face d'elles...D'où nous viens ce vide d'identification : il nous vient, et c'est peut-être la seule chose à retenir de cet article, il nous vient donc de notre trop grande ambivalence ( ambiguité, double face) culturelle.Pour parler plus clairement, nous sommes des"hybrides culturels" , hybrides se sachant africains mais vivant dans un modèle occidental,et avec des réflexes occidentaux héritage (le mot est important) de la colonisation, modèle que l'on maintient nous-même comme je le disais plus haut...Pourquoi alors que la colonisation est finie depuis presque 50 ans en Afrique francophone par exemple, pourquoi en sommes nous toujours à mimer l'Occident avec les "problèmes" que je vous citais plus haut (Pas d'Etat, Pas de Démocratie,Pas de poids économique etc).Pourquoi 50 ans après, sommes-nous incapables de nous émanciper de ce modèle, d'en adapter un à nos réalités? Parce que tout simplement la colonisation est toujours là,maintenue par nous-mêmes et nos politiques à travers notamment la langue...Et là accrochez-vous parce que ça va envoyer dur, on ne sera surement pas tous d'accord...
La colonisation n'est plus ni moins une transposition de culture : "Je t'apporte mon modèle et ma culture car tu manques de tout cela" et quel est d'après-vous le meilleur vecteur d'une culture si ce n'est la langue ? Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir pourquoi la France, pays que j'apprécie,dépense-t-elle autant d'argent dans la Francophonie ? Parce que tant que la langue française sera parlée dans le monde, elle portera avec elle la culture française ("Kou la aal beutt mo le wakh fi nguey khol").
Deuxième chose : Pourquoi en France, les maths, la physique ou l'Histoire de France sont enseignés en français et par des français ? Même chose en Allemagne, au Japon , en Chine , en Italie, en Russie , aux Etats-Unis ? Pourquoi alors que toutes les sociétés humaines se recentrent sur elles-mêmes et essaient de diffuser leur culture, pourquoi nous , africains , devrions nous apprendre notre histoire et les diverses sciences dans des langues et avec des cultures qui ne sont pas nôtres ? Plus trivialement ,croyez-vous par exemple , que mon histoire racontée dans des livres de Gallimard ou Nathan et non par un griot mandingue ou peulh, est MON histoire ? Et pourquoi l'enseignement dans nos pays se fait-il toujours en Français ou en Anglais alors que 90 % des enfants sénégalais parlent Wolof chez eux et dans la rue et que les jeunes maliens font de même avec le Bambara ? Comparez ces deux enfants africains ,avec un un jeune français : Le jeune français de sa naissance à son entrée à l'école parle le français, alors que ses deux homologues eux parleront Wolof pour l'un et Bambara pour l'autre.Une fois au CP (l'enseignement se fait alors en français dans les trois pays) ,on leur apprend à lire.Au CE1 et à l'heure des premières leçons , les enfants sénégalais et maliens font du "par coeur", de la mémorisation car même s'ils lisent le français ils ne le déchiffrent pas, ne le comprennent pas.De l'autre côté, le jeune français va non seulement pouvoir lire mais aussi comprendre sa leçon,car il sait inconsciemment que le mot "parce que" entre deux bouts de phrase veut dire que le 2ème bout est la cause du 1er bout.Pour le jeune malien ou le jeune sénégalais , le mot " parce que" ne restera...qu'un mot noyé dans une masse d'autres mots.Ce retard là, qui sera rattrapé par la suite bien évidemment mais qui parait si anodin à première vue est l'essence même de la plupart de nos problèmes.Je m'explique : Dans les domaines de la création ou de l'innovation technologique, pensez-vous qu'un jeune malien ou un sénégalais aura la même audace, le même esprit de recherche qu'un jeune français dont les outils mathématiques ou physiques dont il a besoin sont théorisés dans sa langue , avec son écriture ? Le dernier cité aura l'impression (la précision a son importance) que la connaissance est sienne,qu'il la manipule avec un outil dont il s'est toujours servi.Ce que je tente d'expliquer là est très subtil, et certains désapprouveront, mais il s'agit là du but initial de cet article: Savoir pourquoi l'on n'ose pas, pourquoi se croit-on incapable de réaliser des choses, de prendre notre destin en main...Je ne me lamente pas : les faits montrent qu'on reste en retrait de la mondialisation et que nous n'y participons pas avec nos traits culturels propres.
L'exemple de la Chine est éloquent : Pendant longtemps ils ont envoyés des "espions" dans les puissances occidentales pour y acquérir la connaissance théorique (qu'ils avaient déjà en partie) et surtout technique dont ils avaient besoin pour se développer.Pourquoi n'ont-ils pas fait le choix de la facilité en disant à leur étudiants : "Voici la connaissance en Français ou en Anglais, apprenez le français ou l'anglais et on maitrisera la connaissance".Au contraire, ils ont fait le choix plus laborieux,de transcrire cette connaissance dans leur langue (le mandarin),avec leurs codes d'écriture et leur système numérique.Je répète ma question : Pourquoi les chinois ont-ils fait ce choix ? Et bien parce qu'ils savent, et c'est une évidence, que l'on n'a pas le même rapport de confiance à la connaissance lorsque tout ce dont vous avez besoin pour créer (à partir de cette connaissance) est écrit et théorisé dans votre langue.On n'a alors pas peur d'expérimenter, de mettre en place des protocoles, de se tromper, de recommencer encore et encore...Et pour enfoncer le clou afin d'en finir avec ça : soyez surs que ce que je vous explique depuis le début de cet article, le raisonnement que je vous tiens et son articulation logique , je serais incapable de le faire en Wolof même si l'on me donnait tout le vocabulaire nécessaire : Car même si je parle Wolof , je ne pense pas en Wolof : Car tout simplement je n'ai pas appris cela à l'école...Je ne peux pas conceptualiser et développer un raisonnement à partir de ma langue et donc d'une (grande?) partie de ce que je suis : Voilà selon moi, tout notre problème...
Ce que je propose donc risque d'en choquer certains mais je pense que je vous ai assez préparé à ça depuis le début de cet article.Et je parle à toute l'Afrique : Je pense qu'il faudrait révolutionner notre système éducatif, quitte à prendre du retard pour deux ou trois dizaines d'années mais de grâce repartons sur de bonnes bases.Au Sénégal par exemple peut-être faudrait-il recodifier le wolof (Savez-vous qu'il l'était dans un autre alphabet avant l'arrivée de la colonisation?), ou même le laisser tel quel mais surtout enseigner avec.Peut-être faudrait-il (ré)apprendre notre histoire avec un point de vue plus positif (Savoir qu'on est une grande civilisation, que nous sommes issus d'un seul et même peuple (cf."Nations nègres et Culture" de C.Anta Diop), que les frontières actuelles et que des pays comme le Sénégal et le Mali ne sont que des illusions que nous maintenons depuis des décennies.Peut-être qu'à terme,faudrait-il considérer l'anglais, le français ou le portugais comme des richesses (ce qu'elles sont) ou des moyens de communication avec les autres et non comme notre principal moyen d'acquisition de la connaissance ou de l'Histoire ("Sa ma bopp mo ma gueuneul dou da ma la bégn").
Ce que je propose est une révolution, et ses effets sur notre créativité, sur nos innovations et notre essor ne se feront voir que dans 100 ou 150 ans et c'est un choix à faire.Moi j'estime qu'à terme, ce sera toujours mieux qu'au rythme actuel où vont les choses et surtout dans la direction où vont les choses....I mean est-ce que pour nous autres africains, le "développement" c'est absolument tendre vers la culture et l'économie occidentale ? Qui nous dit, qu'en nous recentrant sur nous même avant de s'ouvrir au reste du monde, qui nous dit que nous ne proposerons pas un nouveau modèle de société basé sur le groupe et non sur l'individu (Dans l'empire mandingue sous Soundiata Keita, la terre était par exemple la terre de tous, nul n'était propriétaire)? Ce nouveau modèle ne serait peut-être pas très loin de l'actuel mais serait plus adapté à nos réalités et à notre culture.Et selon moi,c'est parce que le modèle actuel n'est pas adapté à ce que nous sommes profondément qu'il ne marche pas chez nous...Je ne dis pas de tous revivre dans des cases comme on a pu me le faire remarquer et je ne dis pas non plus de revenir 400 ans en arrière.Je dis tout simplement de faire ce que toutes les autres sociétés humaines font : un peu d'auto-centrisme...Ce que j'avance n'est pas si lyrique ou utopiste que ça, mais est tout à fait possible...Un seul mot : Volonté politique...
Et c'est là qu'intervient Senghor , ce vendu...Lui et les gens de sa génération (dont certains comme Wade sont toujours en place) ont eu le choix (restreint certes) mais ont eu le choix, de donner un autre direction à l'Afrique au sortir de la colonisation...Au lieu de ça,ils sont restés inféodés à la culture occidentale et ont lesté par la même l'avenir de générations d'africains comme je l'explique dans cet article.C'est eux qui ont, en grande partie, fait de nous ces hybrides culturels un peu désorientés (et non perdus), essayant d'assimiler tant bien que mal cette hybridité depuis 50 ans et ne sachant même pas trop à quoi ressemble le notre de modèle....Des gens comme Senghor n'étaient même pas des hybrides, eux c'est "pire", ils dirigeaient des pays africains alors qu'eux étaient bien plus que perdus car exclusivement de culture occidentale...Senghor est un mythe et était un vendu, c'est mon avis : il a longtemps cru que quelques poèmes écrits dans une culture qui n'est pas la notre nous lanceraient en bonne position dans le grand bain d'une mondialisation inéluctable et quelque part nécessaire...Lui parlait de métissage,et c'est la seule chose que je partage avec lui...Senghor et sa génération sont des ex-colonisés, moi et la mienne sommes des AFRICAINS...Et on ne s'ouvrira aux autres qu'une fois que nous saurons véritablement qui nous sommes, avec ce qu'il faut de part de passé dans cette identité.Rien n'est perdu et nous le capitaliserons surement : on pourra enfin affronter les défis qui se posent à nous...Croyez-moi, notre salut est peut-être là...
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